227 femmes seront violées aujourd’hui en France.

1643 femmes seront agressées sexuellement aujourd’hui en France.

En 2016, 123 femmes ont été tuées par leur partenaire.

Ces chiffres font froid dans le dos. Et pourtant, seulement 35 000 utilisations des hashtag #balancetonporc et #metoo. Une goutte d’eau en soi face à la réalité des actes, mais qui génère un déferlement d’attaques contre ce « harcèlement féministe »[1]  qui a lancé « la chasse à l’homme »[2].

Une de Causeur – Arrêtez la chasse à l’homme !-

 

Je reprends volontairement la Une du magazine Causeur de novembre, qui, à mes yeux, est choquante et volontairement clivante. Ne dit-on pas Avant de vouloir enlever la paille dans l’œil de ton voisin, enlève d’abord la poutre qui est dans le tien ? L’éditorial d’Élisabeth Lévy, la directrice de la rédaction, commence ainsi « Quand il s’agit de stigmatiser tous les hommes, les féministes n’ont pas peur de l’amalgame »[3]. On peut lui répondre que quand il s’agit de stigmatiser toutes les féministes, Élisabeth Lévy n’a pas peur de l’amalgame. Sur ce point, elle a reconnu son erreur – après publication de son magazine (dont le papier a dû être lu et relu…) –  sur le plateau de l’émission « C l’hebdo ». En fait, elle parlait d’un certain féminisme groupusculaire.

 

Qu’est-ce qui est dit dans cet article ? En clair, « le mâle blanc »[4] est menacé par un féminisme victimaire et punitif, qui prétendrait que tous les hommes sont des porcs, et qui ferait de toutes les femmes des victimes. L’atmosphère sociale en deviendrait si pesante que les hommes adultes n’oseraient pas dire ce qu’ils pensent. « « La peur change de camp », s’enchantent des féministes, bruyamment applaudies par des hommes qui consentent ainsi à leur destitution. »[5] Destitution de quoi ? De la domination masculine sur le sexe dit faible ? C’est cela qu’il faudrait préserver à tout prix ? Ne surtout pas affaiblir notre merveilleuse société patriarcale ?

 

J’entends le message que veut faire passer Élisabeth Lévy, qui fait partie de ces intellectuels aux phrases alambiquées, se complaisant à s’inscrire en faux contre la bien-pensance. Il est vrai que toutes les femmes ne sont pas des victimes, et que la perversité de certains hommes n’est pas une norme. Fort heureusement. Oui, ne généralisons pas ! Comme le dit Natacha Polony, « pour éduquer les êtres humains, il faut réfléchir à la façon de construire les femmes comme des êtres puissants et non comme des victimes »[6]. Entièrement d’accord. Mais en attendant, on ne peut occulter la réalité des faits, et de ces milliers de personnes en France qui sont des victimes, malgré elles, à cause d’hommes qui se permettent de disposer du corps de ces femmes comme ils l’entendent.

 

Sans doute que #balancetonporc est maladroit, si je puis dire. La délation ne peut servir de justice. La présomption d’innocence constitue un des fondements de notre État de droit, elle est primordiale. Il ne faut pas clouer au pilori un individu présumé d’un délit ou d’un crime sexuel, en auréolant la victime d’une présomption de véracité. Même si la justice est longue, et parfois injuste…

 

Mais, ces intellectuels qui agitent l’étendard de la « chasse aux sorcières » et du « maccarthysme », en voulant faire peur à la gent masculine, sont insupportables. Comment peut-on parler de « criminaliser l’art délicat de la séduction » ?! Quand Alain Finkielkraut écrit dans ce même journal « Le temps est proche où l’homme qui aura eu une relation sexuelle avec une femme pourra être poursuivi pour harcèlement même s’il a obtenu le consentement tacite de celle-ci »[7], j’hallucine. Reprenons les bases… Un harcèlement est un enchainement d’agissements hostiles à répétition visant à affaiblir psychologiquement l’individu qui en est victime. Et une relation sexuelle non consentie est un viol, un crime. Donc, une drague lourde n’est pas un harcèlement tant qu’elle n’est pas répétitive et menaçante. Et un rapport sexuel consenti tacitement n’est donc pas un viol. Alors, le problème est bien que les intellectuels de notre société mélangent tout, pour mieux brouiller les cartes et le vrai dysfonctionnement sociétal que ce hashtag #balancetonporc soulève.

 

Avant tout, l’affaire Weinstein suivie de #balancetonporc, #metoo et de rassemblements de présumées victimes, ont permis de libérer la parole des femmes. Ce n’est peut-être pas la meilleure des façons, car, on ne le redira jamais assez, déposer plainte reste la seule solution pour condamner les agresseurs. Mais, pour beaucoup de ces femmes qui ont été victimes d’une agression, ce hashtag a été une main tendue. Elles n’ont plus peur / honte de parler, elles ne sont plus seules.

 

Cela a donc été salvateur pour réfléchir à notre culture basée sur la domination masculine, et qui fait que ce sont les victimes qui ont honte, et non pas les agresseurs. Cette logique doit changer, et c’est ce qui est en train de se passer. Le 25 novembre dernier, à l’occasion de la journée contre les violences faites aux femmes, le président Emmanuel Macron a proclamé l’égalité entre les femmes et les hommes « grande cause du quinquennat ». Il a détaillé son plan d’actions pour lutter contre ces violences, qui suscitent « horreur et honte ». Même si pour certains, le plan doit aller plus loin, c’est déjà un premier pas.

 

Alors, pour répondre au dossier de Causeur, non, la chasse à l’homme n’est pas ouverte, mais la chasse aux cons devrait l’être. Et si « ce pathos délirant »[8] que relate Laure Adler dans « La nuit des femmes » vous donne un fou rire, chère Élisabeth Lévy, sachez que vous êtes seule à en rire.

 

[1] Dossier « Arrêtez la chasse à l’homme ! » dans le n° de novembre 2017 de Causeur
[2] « Habeas Porcus » par Elisabeth Lévy, dossier « Arrêtez la chasse à l’homme ! » dans le n° de novembre 2017 de Causeur
[3] « Habeas Porcus » par Elisabeth Lévy, dossier « Arrêtez la chasse à l’homme ! » dans le n° de novembre 2017 de Causeur
[4] « Habeas Porcus » par Elisabeth Lévy, dossier Arrêtez la chasse à l’homme ! dans le n° de novembre 2017 de Causeur
[5] « Habeas Porcus » par Elisabeth Lévy, dossier Arrêtez la chasse à l’homme ! dans le n° de novembre 2017 de Causeur
[6] Interview dans l’émission C’ l’hebdo
[7] « Balance ton porc, la rééducation nationale » par Alain Finkielkraut, dossier Arrêtez la chasse à l’homme ! dans le n° de novembre 2017 de Causeur
[8] « Habeas Porcus » par Elisabeth Lévy, dossier Arrêtez la chasse à l’homme ! dans le n° de novembre 2017 de Causeur