Dans l’ombre de ma vie

Suis-je encore dans ce monde ? Est-ce réel ce qui m’entoure ? Tout s’obscurcit, tout faiblit. Les couleurs et mes forces. Elles s’échappent de moi. Pourtant mon corps devient lourd subitement, je tremble. Je ne tiens plus debout. Ma respiration se coupe, puis s’accélère. Je suffoque. Une vague de chaleur m’enveloppe pour mieux me terrasser. Mes boyaux se tordent de souffrance. Incapable de bouger, je suis à deux doigts de tomber. Ne pas laisser le noir gagner, la peur m’ensevelir vivante. Résister. Se battre contre moi-même, seul danger qui m’entoure. Serrer les dents, respirer, ne pas tomber…ne pas tomber…elle va passer. Cette garce s’en va enfin, me laissant quasi morte. Je ne l’ai pas vaincue, non, juste repoussée dans ses retranchements. Elle reste là, tapie dans l’ombre de ma vie, se nourrissant de ma peur, prête à surgir à chaque instant inexpliqué. Elle, c’est ma crise d’angoisse. Mon ennemie la plus intime.

 

Bas les masques

Ne venez pas me dire de me calmer, de respirer, que tout va bien, qu’il ne peut rien m’arriver… Je le sais, et rien n’empêche. Je vis avec cette garce depuis trop longtemps. Au début, elle n’a pas joué franc-jeu. Elle ne me rendait pas malade, elle m’handicapait juste un peu. Puis, les années ont passé, et bas les masques. Quand elle vient me rendre visite, j’en ressors foudroyée. Immobile, perdue, effondrée. Il m’a fallu du temps pour comprendre ce que je vivais, que je n’étais pas folle ou faible. Mais que je devais affronter une maladie que les gens ne comprennent pas tant qu’ils ne la vivent pas. Grâce à des amies qui vivent elles-aussi avec leur sournoise de crise, j’ai pu en parler et commencer à me libérer.

 

Le combat de ma vie

Enfin, « libérer » est un bien grand mot. Je me suis soignée, en commençant par les plantes, mais ce n’était pas suffisant. J’ai alors entamé une thérapie comportementale pour agir, ce fut ma première béquille. Mais très vite, il m’a fallu une seconde béquille, des antidépresseurs et, par moments, des anxiolytiques. Quand on ne peut plus vivre normalement, qu’on fuit tout –  jusqu’à rester terrée chez soi de peur de sortir et de faire une attaque n’importe où, jusqu’à ne plus se nourrir tellement notre ventre est bloqué – il faut se soigner. Ne pas en avoir honte. Avec le temps, j’ai arrêté le soutien de ma première béquille, et je ne me soutiens quasiment plus avec la deuxième. Je sais, je sens, que cette garce est toujours là, elle me colle à ma peau et guette chacune de mes faiblesses. Je veux marcher seule, sans aide, et surtout sans elle. C’est un des combats de ma vie, et je n’aime pas perdre.