L’entre-deux

Je suis l’enfant du milieu, la plus mauvaise place dit-on. Je ne semblais pas aussi intéressante et mâture que mon aînée, et pas aussi mignonne et coquine que ma petite sœur. Quelle était donc ma place dans ma famille ? Il m’a fallu 27 ans pour la trouver vraiment. J’ai longtemps vécu dans l’ombre de mes sœurs lors des grands repas familiaux. A la maison, en petit comité, soit j’agressais pour exister, soit je m’effaçais par lassitude. J’ai fait mon petit bonhomme de chemin, en solitaire, et toujours en opposition avec mes parents et mes sœurs. Puisque je me sentais exclue de cette appartenance familiale, puisque je ne me sentais pas comme eux, alors, je revendiquerai ma différence, elle sera mon essence. Ma chance.

J’ai grandi, du rôle d’enfant je suis devenue tatan, et je l’ai trouvée. Cette place tant recherchée. Je suis devenue Taty Cycy, et j’ai compris. Compris que mes parents ont tout fait pour moi, sans jamais me juger ni me dévaloriser. Compris que mon regard d’antant était sous un prisme enfantin, sans recul, qui contraint ses parents uniquement à leurs rôles de parents, sans les voir comme des personnes bienveillantes qui font de leur mieux. Compris enfin que chacun doit faire avec son rang dans la famille, et créer sa propre place.

 

Mais alors, notre rang dans la fratrie détermine-t-il vraiment le développement de notre personnalité et notre rapport aux autres ?

 

La thèse du sociobiologiste Frank J. Sulloway va dans ce sens.

L’aîné voudrait conserver sa place et ses acquis. Il lutterait donc pour survivre, et ne supporterait pas le changement. Une position de gardien de ses frères et sœurs le couperait prématurément de son enfance. Il aurait ainsi un sens profond des responsabilités, et rendrait mieux service aux autres. Le sociobiologiste définit l’aîné avec les caractéristiques suivantes : sérieux, compétent et perfectionniste.

Le cadet lutterait quant à lui pour conquérir sa place. Pour ce faire, ils auraient naturellement un esprit ouvert et adhérerait avec enthousiasme aux idées nouvelles. Ce seraient des rebelles-nés. Éprouvant des difficultés à trouver leur place, ils deviennent alors des adultes conciliants qui ne craignent pas les compromis. Il est à la fois du côté des grands et des petits, « le cul entre deux chaises » si on peut dire vulgairement. Ses caractéristiques : coopératif, flexible et diplomate.

Pour le benjamin, la voie serait libre. Et ses aînés l’envieraient. Il tient une place infantilisante et devrait combler les attentes parentales. S’il y a de la concurrence dans la fratrie, le dernier s’isolerait, ce qui mettrait en péril ses capacités d’insertion. S’il est surprotégé, il deviendrait anxieux, phobique, mal à l’aise en société. Ses caractéristiques : créatif, indépendant et charismatique.

Pour résumer cette thèse de Sulloway :

  • Les aînés deviendraient des chefs, comme Roosevelt, Churchill, Mussolini, Staline, …
  • Les cadets seraient plus pacifiques à l’image de Martin Luther King.
  • Les benjamins seraient des subversifs professionnels à l’instar de Danton, Lénine, Arafat, …

 

L’utilisation du conditionnel dans ce précédent paragraphe est volontaire. Bien sûr que notre place dans la fratrie a un impact sur notre personnalité. Mais, dépassons ce déterminisme. Nous possédons notre libre arbitre pour jouer habilement avec les cartes que nous avons en main. Les parents ont bien entendu un rôle important pour ne pas caricaturer leurs enfants.

Pour ma part, il est vrai que je suis la rebelle de la famille, mais je suis également la plus anxieuse et la plus réticente au changement. Donc, à vous de jouer !